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Brief (2-00452)

Port-Louis 12 mai 1884

Cher Monsieur,

Laissez-moi vous dire tout le plaisir que m’a fait votre très, votre trop aimable lettre.

Votre prose ne m’empêche pas de déplorer la perte de vers français venus du fond de l’empire d’Autriche même avec un trop lourd chargement d’e muets.

Dans votre enfance m’apprenez-vous, souvent les verts paysages des tropiques, venaient illuminer vos rêves avec les étincelants rayons de leur soleil de feu. Et quand réveillé et plein de désillusion, vous souhaitiez au moins la douce contemplation d’un vanillier, les grands arbres du parc tout proches, vous offraient une variété de l’espèce aussi nombreuse qu’improvisée. Hélas, mon cher Monsieur, je rêve moi des hautes alpes avec leurs neiges immaculées; et si vos parents avaient recours aux arbres de l’orangerie pour vous montrer des vanilliers; papa m’a fait voir de la neige sur plus d’un plat de dessert. Si des deux côtés ça ne ressemble pas trop, de mon côté du moins, l’illusion quoiqu’imparfaite ne manquait pas de douceur.

Vous vous accusez de m’envoyer une méchante vue de Graz, cette méchante vue me parait bien originale dans sa ceinture d’Edelweiss. Je vous l’avouerai, notre flore mauricienne n’est pas aussi éblouissante, et si je me hasardais à gravir une de nos collines, je risquerais fort de ne vous expédier qu’un bien pauvre échantillon de nable-brun. Quant à un nouvel exemplaire de votre photographie, vous me dîtes que puisque papa en a déjà un, un second ferait double emploi. Papa possède un album sans aucun doute, mais cela ne m’empêche nullement d’avoir le mien. Vous m’envoyez Graz, mais pas son habitant. A la cage, il manque l’oiseau.

Lorsque vous recevrez ma lettre, ma photographie vous sera parvenue depuis un certain temps. Je me permets de vous prévenir que l’expression n’en est pas tout à fait exacte, si les traits en seul à peu près justes.

Outre ses cours habituels au Collège royal, papa a commencé depuis deux jours un Cours de grammaire française1, lequel compte une centaine d‘auditeurs environ. Comme vous le voyez, la besogne ne lui fait pas défaut. Il me prie donc de vous faire tous ses compliments, et il vous envoie son discours d’ouverture. Dans notre petit cercle, ce discours a obtenu un vif succès, papa se faisant en quelque sorte l’organe de sentiments et de justes réclamations trop longtemps refoulés.

Croyez-moi, mon cher Monsieur, avec une réelle sympathie,

Votre bien dévouée,
Jenny Baissac

PS. Je joins au discours de papa, quelques vues de notre pays. Je regrette de n’avoir rien trouvé de mieux à vous envoyer.


[1] Baissac veröffentlichte 1884 auf Mauritius zu diesem Zweck eine Broschüre mit dem Titel Cours de grammaire française. Ein mit persönlicher Widmung versehenes Exemplar befindet sich im Nachlass unter der Nr. B.11.21.1.6., Schuchardt rezensierte das Werk sehr positiv (Schuchardt 1885).