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Brief (24-00441)

Port-Louis, 28 Juin 1888.

Mon cher Monsieur Schuchardt,

J’ai sous les yeux votre bonne lettre du 8 Avril, je veux être sûr de n’en rien oublier dans ma réponse.

Avant tout, mes vœux pour la santé de votre mère; j’ai, moi aussi, la joie d’avoir encore ma vieille maman dont les quatre-vingt-trois ans n’ont pas une infirmité; à cet âge-là elles se font aimer à morceaux doubles, et elles ont raison, n’est-ce pas?

Mon Folklore1 vous était parvenu; il vous plaît de le trouver charmant, vous l’auriez même dévoré. Que ne sais-je l’allemand! je vous repasserais du séné pour votre rhubarbe, au lieu d’empocher vilainement vos compliments sans vous rien envoyer en retour. Vous projetez de publier prochainement des contes de la Martinique qui vous fourniraient l’occasion de rapprochements intéressants avec nos zistoires; je n’ai pas besoin de vous dire avec quel plaisir je vous lirai, même à travers les lunettes d’un traducteur de rencontre.

Et l’autre Mascareigne, me demandez-vous? Toujours muette? – Toujours, mon cher Monsieur; et j’ai bien envie de trouver que ces gens-là ont raison; c’est si bon de se taire. Après mes sept heures quotidiennes de cours et de leçons, le son même de ma voix me fait horreur: on se lasse de la meilleure musique. Le Bourbonnais mettent, eux, le repos avant le travail et la lassitude avant la musique: ce sont des sages, contemplatifs.

La première édition du Bobre africain, à Hyères! vous me demandez si j’en ai découvert un exemplaire; non, et je ne crois même pas en avoir jamais vu. Mais soyez bien persuadé, mon cher Monsieur, que si le cas y échet, je penserai à vous avant de songer à moi.

“De qui la Traduction de l’Evangile de St. Mathieu pour la Société Biblique?” – de Monsieur Anderson2, ministre anglican. Il y a des choses qu’il doit savoir mieux que le créole.

Et je crois que c’est tout, mon cher Monsieur Schuchardt. Je m’occupe toujours presque exclusivement de productions purement littéraires, en vue de mon retour en France, si retour il y a: mais n’ayez pas peur, vous seriez prévenu à temps, et par une autre voix que la voix publique.

Ma fille est heureuse de votre bon souvenir et vous envoie ses meilleurs compliments.

Votre sincèrement dévoué C Baissac


[1] Baissac, Charles (1888): Le folk-lore de l’île-Maurice. Paris: Maisonneuve et Ch. Leclerc (= Les littératures populaires de toutes les nations XXVII).

[2] Anderson übersetzte das Evangelium 1885.