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Brief (11-00428)

Port-Louis, 7 Octobre 1883.

Cher Monsieur,

La dernière malle me porte quelques lignes de vous:

“Avez-vous donc reçu mes spécimens du patois seychellois, le numéro de la Revue critique où je traite, d’après vous, la littérature du créole mauricien1, et last and least, le portrait de votre humble serviteur?”

Hélas! non, mon cher Monsieur, je n’ai rien, absolument rien reçu. Pourquoi? Permettez-moi de vous indiquer pour nos relations à venir le plus sûr, le plus consciencieux des intermédiaires, mon cousin Eugène Baissac2, 34. Rue Philippe de Girard, Paris. Rien ne s’égarera jamais que vous m’acheminerez par cette voie; je lui mande de se mettre à votre disposition, usez de lui sans crainte, c’est le plus complaisant des hommes, et notez qu’il parle notre créole dans la perfection. Je regrette bien vivement le numéro de la Revue; mais pour votre portrait, je ne veux pas l’avoir perdu, et vous prie instamment de m’en envoyer une autre épreuve; voilà qui est bien entendu, n’est-ce pas?

Mon cousin Eugène – sous le pli duquel, pour plus de sûreté, je vous enverrai cette lettre – vous fera parvenir sous peu un exemplaire de mes “Récits Mauriciens” actuellement sous presse. Vous n’y trouverez rien qui ait trait à vos études; mais les “Contes Mauriciens” aux quels je m’emploie, comme vous le savez, vous dédommageront, et au-delà de ce que vous souhaiteriez, peut-être.

Je vous envoyais, il y a deux mois, un spécimen de ces Contes; mais l’aurez-vous reçu? Je vais, par surcroît de précaution, en expédier un autre à mon cousin; et j’y joindrai deux petites chosettes de ma fille Jenny à qui le rédacteur de notre journal “le Cernéen” a persuadé de lui envoyer un peu de prose en échange de force coupons de loges, de banquets, de confitures et autres sucreries. L’homme a soixante ans, la fillette en a dix-neuf: je laisse faire, l’enfant y trouve son plaisir.

A bientôt, mon cher Monsieur; quand les Contes seront un peu plus avancés, je vous en parlerai plus longuement. Mais que de peine à rien obtenir de ces vieilles peaux noires!

Votre bien cordialement dévoué
C Baissac


[1] Schuchardt, Hugo (1883): Bibliographie Créole. In: Revue Critique d’Histoire et de littérature XVII, pp. 314-318 (Brevier/Archiv Nr. 152).

[2] In den folgenden Jahren wickelte Eugène Baissac als Nachfolger von Mallac den Briefwechsel zwischen seinem Cousin und Schuchardt über Paris ab.