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Brief (03-SC)

Sare (Basses Pyrénées)

chez M. GOYETCHE

5 Juillet 1887

Monsieur,

Après vous avoir adressé il y a quelque temps les prémisses de mes études basques, je n’avais pas l’intention de vous écrire encore; je remettais tout ce que me tient au coeur, à notre entrevue personnelle. Mais comme je serai probablement obligé à abréger mon voyage et à ne passer que très vite de Saint Sébastien à Pampelune pour rentrer en France par Roncevaux, et comme cela pourrait être avant que vous vinssiez de ce coté-ci, je me permets de vous demander quelques renseignements qui me seraient utiles pour cette petite excursion en Espagne que j’ai l’intention de faire.

Pour apprendre un peu de basque, il faut faire un séjour de quelques semaines dans un seul endroit; c’est pourquoi je me suis établi ici. En route, il est impossible d’arriver à une connaissance même très mince de ce langage difficile; c’est pourquoi dans mon tour par les provinces basques de l’Espagne, je n’ai d’autre but que celui de me mettre en relation avec des personnes qui, plus tard, voudraient bien me founir des indications des notices dont j’aurais besoin dans mes recherches.

Une des questions qui me préoccupent le plus, est celle-ci: est-ce que le basque (pour ne choquer aucun par le mot ibère) a exercé une influence quelconque sur l’espagnol? Pour le moment il s’agirait surtout de savoir, si le castillan tel qu’il est parlé dans les parties limitrophes du territoire basque, porte, soit dans la prononciation, soit dans le dictionnaire, soit dans la phraséologie, la moindre empreinte du basque. Je voudrais donc me procurer des renseignements autant détaillés que possibles sur les modifications du castillan dans les Encartaciones, l’Alava, la Navarre et l’Aragon. Probablement, il y aura quelque chose d’imprimé à consulter à cet égard-là.

Après le basco-roman, c’est le romano-basque qui m’intéresse. Je suis bien aise de savoir que vous avez l’intention de publier un mémoire sur l’adoption basque des mots latins. Moi, je pense surtout à tirer des éléments latins du basque du profit pour le latin vulgaire dont je me suis occupé beaucoup: en comparant ceux-ci avec les emprunts que les langues celtiques, l’albanais, l’allemand et d’autres langues ont fait au latin depuis les temps les plus reculés, on arrive à des résultats très intéressants.

Avez-vous en Espagne des personnes qui soient compétentes en anthropologie et qui se soient occupés, avec succès, de craniométrie basque? Je dois vous avouer que je ne saurais accepter les résultats de Broca comme tout-à-fait sûrs; ils se basent essentiellement sur des cranes de St Jean de Luz et de Zarauz, et si ceux-ci appartiennent même à de vrais Basques, il ne serait pas tenu compte des Basques de l’intérieur, des parties orientales lesquels, à ce qu’on prétend diffèrent beaucoup des Basques littoraux.

|2| Un point sur lequel je n’ai pas encore une idée bien nette, c’est celui de l’accentuation en labourdin. Le Prince L. L. Bonaparte (qui soit dit en passant m’a envoyé sa carte linguistique) fait des reproches à M. Vinson (remarques p. 70) de n’être pas en état de donner des renseignements sur l’accentuation basque, mais lui-même n’a pas publié ceux qu’il garde en portefeuille à l’égard de l’accent tonique du labourdin et du bisaïen. Vous aussi dans votre admirable grammaire, vous avez passé sous silence cette question grave de l’accent tonique du basque. Le rythme labourdin a pour mes oreilles beaucoup de ressemblance avec le rythme français, de sorte que dans une certaine distance où je ne saisis plus les mots, je peux à peine distinguer le basque d’avec le français. Est-ce que vous ne trouvez pas une différence très sensible entre le labourdin et le basque espagnol quant à ce point-là?

J’ai pris la liberté de vous écrire en français au lieu de me servir de l’espagnol dont j’ai perdu un peu la pratique; dans ces temps chauds et orageux on se fait très paresseux, et je m’aperçois que mon français aussi laisse beaucoup à désirer.

En attendant avec impatience le moment où j’aurais le bonheur de faire votre connaissance personnelle, je vous prie, Monsieur, d’agréer l’assurance de ma considération très distinguée.

H. SCHUCHARDT

J’ai oublié de vous demander si vous saviez en quoi consistent ces incorrections qu’on a à reprocher au basque de Saint Sébastien. A ce qu’il paraît il s’agit d’espagnolismes, et c’est justement à ce point de vue qu’elles m’intéresseraient.

[von Lacombe per Hand hinzugefügt – entspricht Wortlaut in seiner Publikation der Briefe]

Quelques remarques: a) Les prémisses des études basques dont il s’agit sont le travail sur les mots basques commençant par p (1887); b) il n’y a pas grand chose dans les mss. de Bonaparte sur l’accent labourdin: en revanche, Sch. devait longtemps après reconsidérer la question dans son grand travail sur le basque de Sare; enfin, l’„espagnolisme“ sus-mentionné est le fameux solécisme de la côte (eman zaitut pour eman dauzut)