Senden hat offenbar funktioniert, aber es wird noch ein Bestätigungsmail verschickt, sobald die Änderungen angekommen sind.
Es hat etwas nicht funktioniert. Bitte den Inhalt in Word (o.Ä.) kopieren und per Mail schicken.

Brief (2-00419)

Port Louis 17 Avril 1882

Mon cher Monsieur,

Je n’avais, lors du courrier de Mars, absolument rien de nouveau à vous communiquer: c’est de quoi vous expliquer mon silence. Depuis lors j’ai reçu de Bourbon une réponse que j’aurais souhaitée tout autre. M. Cazamian, à qui ses fonctions de Censeur au lycée de St Denis laissent peu de loisir, ne me donne que de bien pauvres renseignements. Je vous les transmets:

“Je regrette beaucoup de ne pouvoir fournir à votre philologue autrichien qu’une nomenclature d’une brièveté désolante. En fait d’œuvres écrites en langue créole, je ne connais guère de livrées à l’impression que les fables de Héry[1], éparses dans ses /2/ Esquisses Africaines, et quelques morceaux imprimés dans une publication qui paraît annuellement: l’Almanach Religieux de la Réunion[2].

L’ouvrage de Héry est, je crois, épuisé: on en prépare, à Paris, par le soin de son fils une seconde édition.”[3]

Voilà, cher Monsieur, tout ce que Bourbon m’a jusqu’ici fourni pour vous. Mais j’ai récrit à M. Cazamian pour le prier de ne pas s’en tenir là, & j’ai risqué des démarches dans deux autres directions. Qu’en résultera-t-il? Je n’aurai pas du moins à me reprocher d’avoir moins fait pour vous que je n’eusse fait pour moi-même.

Aux Séchelles il ne s’est jamais rien imprimé en créole. J’ai pris sur le patois qui s’y parle de nouveaux et nombreux renseignements qui confirment de tous points ce que je vous en ai dit antérieurement: C’est notre patois /3/ mauricien quelque peu mâtiné de Bourbonnais: quant aux mots de provenance africaine ils sont très peu nombreux en dehors de ceux qui avaient reçu à Maurice leurs lettres de naturalisation.

Je n’ai pu découvrir de nouveau chez nous que la petite brochure que je vous envoie. C’est médiocre – quoique l’auteur H. Pitot[4] soit membre de notre Conseil Législatif; c’est donc qu’il légifère mieux qu’il ne versifie. – La langue, dans les vers surtout, est assez peu correcte. Vous y verrez violée à chaque instant pour les besoins de la prosodie une loi que j’ai établie, à la page 41-42 de ma grammaire, sur le changement de l’é en e dans les verbes suivis d’un complément. Mais vous tenez à être complet, mon cher Monsieur, et quand ce que je trouverais aurait moins de valeur encore, je vous l’enverrais.

Le catéchisme créole des frères Mallac et la première édition du Bobre Africain demeurent absolument introuvables.

Croyez, mon cher Monsieur, à /4/ tout mon regret de ne pouvoir que si peu pour vous. Et je vous jure que je ne m’y épargne pas cependant.

Dès que j’aurai, ou de Bourbon ou de Maurice, quelque chose de nouveau à vous annoncer, croyez, cher Monsieur, que je le ferai sans délai.

Votre bien cordialement dévoué

C Baissac



[1] Héry, Louis Émile (1849): Esquisses africaines. Fables créoles et Explorations dans l’intérieur de l’île Bourbon.

[2] Eine jährliche Publikation, die auf Réunion (bzw. davor auf Bourbon) erschien.

[3] Erschienen 1883 bei J. Rigal in Paris.

[4] Pitot, H[enri] (1878): Soirées d’abat-vent. Port Louis. Im Nachlass unter der Nummer B.11.21.1.6.