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Brief (1-6292)

Morlaix le 26 avril 1900

Mon cher Monsieur Henry,1

Dès la réception de votre lettre2 je me suis mis en quête des informations demandées et j’ai la satisfaction de pouvoir vous les fournir à peu près complètes.

fals dantek, faucille à dents.3

C’est celle qui m’a donné le plus de fil à retordre et qui a retardé ma réponse de quelques jours.

J’ai interrogé d’abord les ouvriers-manœuvres que nous occupons et qui sont presque tous des gens de la campagne, luçonois ou Lionnais. Aucun d’eux n’avait jamais vu de faucille à dents et ne pouvait en imaginer l’emploi. Et cependant cette faucille existe, ainsi que me l’apprit M. Lion Briens,4 vieil ami de collège de Kéromnès, quincailler de son état et président actuel de notre comité électoral. Comme tel, j’ai occasion de le voir très souvent et l’idée me vint de le consulter, en désespoir de cause, sur la fals dantek.

Comme l’Alma mater, la politique mène à tout, à condition d’en sortir, voire à la solution des problèmes historico-linguistiques.

« Il y a certainement des faucilles à dents, me dit M. Briens ; car les catalogues que je reçois de mes fournisseurs en font mention. On n’en vend pas dans ces pays-ci, et j’en ignore l’usage ; mais je vais demander tous renseignements à ce sujet et je vous les communiquerai aussitôt reçus. »

J’acceptai cette offre obligeante et, hier soir, il me remettait la carte postale ci-jointe.5 Il m’expliqua, en outre, que la faucille à battre était, non pas comme la machine à battre un instrument servant à battre quelque chose, mais (ô anomalies de la langue française !) un outil destiné à être battu, c.a.d. martilé, aiguisé à coups de marteau, en un mot notre fals-strob,6 comme il sera dit plus loin, servant à couper l’herbe ou le blé. Je me suis rappelé alors une expression qui m’avait souvent frappé dans notre journal de grains : « on commence à scier les avoines en Seine et Oise » et que je ne m’expliquais pas ; n’ayant jamais vu que des faucilles sans dents. Le mouvement n’est pas le même, évidemment : au lieu de frapper de droite à gauche, comme vous l’avez vu faire dans nos champs, on étend le bras en avant puis on ramène à soi la faucille, qui scie ainsi les tiges à abattre. Du reste, vous pouvez vous renseigner plus amplement, auprès des cultivateurs de vos environs, sur la forme et l’emploi de la faucille à dents. Elle a dû être en usage aussi dans la Bretagne bretonnante (Lamballe n’en est pas ou, tout au moins, n’en est plus) à une certaine époque, puisque fals dantek existe dans les dictionnaires.

Fals-strob (fig. 2)7 Faucille à couper l’herbe ou le blé, c.a.d. plusieurs tiges à la fois. D’où sans doute le specificatif strob (lieu d’assemblage) racine de strobel (amas, bande, masse) que je trouve dans votre lexique sous la forme contractée stroll.8 A mon avis, ce serait une erreur (note 3 de la page 256) de ne voir dans fals-strob, qu’une corruption de fals-strep (faucille-serpe).9 Remarquez, en effet, que la fals-strob ressemble moins à une serpe que la fals-aoten. La première est légère et mince jusqu’au dos relevé légèrement pour donner plus de solidité à l’outil, tandis que la seconde est lourde et pleine, taillée en biseau, comme les anciens rasoirs ou comme les serpes.

3° Fals-aoten, alias fals-dantek (faucille rasoir, faucille couteau) probablement la même que fals-strob (Fig. 1) lourde, épaisse (5 à 6 millimètres au dos). Sert à couper les agoncs et les bois taillés.

4° Personne ne connait le mot boug à moins que ce ne soit une façon moins rude de prononcer bouchal (cognée).

dail, par changement de la forte en douce, si fréquent dans le breton, pourrait désigner un instrument servant à faire la taille des arbres ou à couper les bois-taillis (coat tail) (serpe ou sécateur) mais n’est pas connu dans notre rayon.

Aux dessins des deux faucilles strob et aoten ma fille a joint ceux d’une serpe à faire les fagots (du modèle sans doute de celle dont se servait Sgnanarelle)10 (fig. 3) et d’un couteau recourbé en forme de faucille qui s’emploie pour couper les énormes tourtes de pain de ménage (fig. 4)11

Tous ces outils, nous les avons trouvés dans une ferme voisine de mon magasin du Pistigou, où nous avons aussi recueilli la plupart des renseignements ci-dessus.

Ce sont des pièces assez anciennes, faites par des forgerons du pays. Quelques-uns avaient autrefois une reputation s’étendant à plusieurs lieux à la ronde. Mais, depuis une vingtaine d’années, la quincaillerie, fournissant à meilleur marché, a tué tous ces petits fabricants.12

Heureux d’avoir pu vous être agréable, en vous fournissant pour votre savant collègue, M. Hugo Schuchardt, cette modeste contribution, et de reconnaître ainsi dans la limite de mes moyens, le grand honneur que vous m’avez fait, je reste Cher Monsieur et ami, votre tout dévoué P. Legac à la disposicion de usted

Compliments affectueux de nous tous à vous et à tous les vôtres P. G.

Note supplémentaire sur la fals strob et la fals-dantek

Réflexion faite et d’après d’autres renseignements recueillis près de personnes compétentes, fals-strob devrait plutôt s’écrire : fals-strop (du verbe stropa ou stroppa, que je ne trouve pas dans votre lexique, mais que j’entends employer couramment pour signifier : chóquer, heurter, frapper violemment. La fals-strop, (ou fals-strob en adoucissant le p) est donc la faucille dont on se sert à tour de bras, ainsi que vous l’avez vu faire, pour couper le blé, par opposition à la fals-dantek, destinée au même usage. Seulement, celle-ci, qui est beaucoup plus petite (nous avons eu tous ces détails par M. Hamon, professeur au collège et père de l’amie de Marie, lequel sort d’une famille de cultivateurs de Lamballe) s’emploie, comme je vous l’ai déjà dit, en étendant le bras droit et en le ramenant à soi, pour scier, à mi-hauteur à peu près, une poignée de tiges saisies de la main gauche. La paille restant sous l’épi est donc bien moins longue que chez nous*; mais la partie qu’on a laissée finir au sol est ensuite arrachée pour faire les toits de chaume.

Ce genre de tritures ayant été remplacé dans nos parages par les couvertures en genêts d’abord, puis par l’ardoise ou la tuile, ainsi s’explique la disparition des faucilles à dents.

P. L Miñon deo’ch bepred
hag ho mervel13

*où l’on coupe au ras de terre avec la fals-strob.


[1] Der vorliegende Brief wurde von Victor Henry an Schuchardt weitergeleitet.

[2] Bisher konnten die Briefe Schuchardts an Victor Henry ebenso wenig ausfindig gemacht werden wie das oder die Schreiben Henrys an Le Gac, die diesem Brief vorausgegangen sein müssen.

[3] Die bretonische gezähnte Sichel fals dantek wird in Schuchardt, Hugo. 1901. 'Sichel und Säge; Sichel und Dolch I-II'. In Globus. Illustrierte Zeitschrift für Länder- und Völkerkunde 80: 181-187, 204-209: 182f. thematisiert.

[4] Zur genannten Person Lion Briens-Louvière konnten keine näheren Information gefunden werden (siehe Anmerkung 5).

[5] Es handelt sich um die an Monsieur Lion Briens-Louvière in Morlaix gerichtete Postkarte der Fabrique de Faulx Dorian, Holtzer Jackson et C.ie in Pont-Salomon (Haute-Loire), die im Schuchardt-Nachlass mit der Nummer A 148 inventarisiert ist und auf der offensichtlich auf Anfrage Briens‘ Informationen zur Verwendungweise und zum Absatz gezähnter Sicheln in der Bretagne gegeben werden, die Schuchardt in seiner Arbeit wiedergibt (Schuchardt 1901: 182f.).

[6] Auch diese Art von Sichel wird in Schuchardt 1901, 183 thematisiert.

[7] Die Zeichnungen, auf die hier Bezug genommen wird, befinden sich im Schuchardt-Nachlass (Werkmanuskripte 17.8.5.1).

[8] Victor Henry hatte 1900 ein Léxique Étymologique du Breton moderne veröffentlicht, das er Claude Keromnes, Paul Le Gac und « tous les Bretons curieux comme eux des origines de leur langue » widmete. Unter dem heir angegebenen Lemma stroll findet sich dort folgender Eintrag: „s.m., assemblage, amas, bande: peut-être proprement „rouleau [de papier]“ Empr. ag. altéré scroll. – Conj. ».

[9] Die betreffende Fussnote lautet : « Mais fals-strob est une simple corruption pour fals-strep » (Henry 1900: 256, Anm. 3).

[10] Die Figur des fagotier Sgnanarelle in Molières Le médecin malgré lui wird häufig mit einer Sichel dargestellt.

[11] Die Skizze dieses Brotmessers wurde von Schuchardt abgebildet (Schuchardt 1901: 183).

[12] Der sich nun anschließende Text bis zur Seite 5 des Briefes befindet sich quer auf den Seiten 1-4 notiert.

[13] Die Grußformel kann folgendermaßen ins Französische übersetzt werden: « Bisou à vous toujours et votre serviteur pour toujours ». Die Verfasserin dankt Frau Maella Le Corre für Ihre Übersetzung.