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Brief (1-00418)

Port-Louis. Île Maurice 20 Février 1882.

Monsieur,

Je veux vous remercier avant tout des éloges que vous voulez bien donner à mon étude sur le patois mauricien1: l’approbation d’un juge comme vous est de celles dont on a le droit d’être fier. L’isolement intellectuel dans lequel je vis ici m’a rendu bien difficile l’humble tâche que j’avais entreprise: jamais un encouragement, jamais un conseil; n’avoir à compter que sur soi, ne se discuter qu’avec soi-même! et pas un renseignement à attendre des livres: seuls quelques romans s’aventurent jusque dans nos mers. Mais tout est bien qui finit bien; et puisque vous avez, Monsieur, reconnu quelque valeur à mon travail, me voilà rassuré et les vers du poète ne sont plus pour venir méchamment me bourdonner à l’oreille:

“Croire qu’on tient en main les pommes d’Hespéride, Et voir qu’on n’a pressé qu’un navet sur son cœur!”

Vous me croirez donc, Monsieur, quand je vous dirai que je m’emploierai de tout mon pouvoir à vous procurer le plus de renseignements possible sur nos patois de Maurice et de Bourbon2, et si ma moisson n’est pas riche vous n’en accuserez pas, j’en ai l’espoir, le zèle du moissonneur. En ce qui concerne Maurice je chercherai moi-même & trouverai tout ce qui ne sera pas introuvable. A Bourbon je n’avais naguère personne à qui m’adresser en toute confiance; mais un récent article de M. Cazamian3 – professeur de Rhétorique au lycée de St Denis – sur mon livre, me donne de la bienveillance de l’auteur une certitude telle que je n’ai pas hésité à lui soumettre votre requête; il m’étonnerait fort que M. Cazamian n’y prît que peu d’intérêt.

Mon ami Albert Mallac4, qui veut bien se charger de vous acheminer ma lettre, vous fera parvenir, Monsieur, quatre brochures que je lui envoie pour vous. C’est, de beaucoup, ce que la bibliographie créole a produit du plus considérable.

La première édition du “Bobre”5 est absolument impossible à retrouver; je vous adresse la seconde et la troisième et dernière.

“Poésies créoles” par P. Loliot6. La langue est bien plus vraiment créole que celle de M. Chrétien. Mais comme je l’ai dit, après mûr examen, à la page 232 de mon volume ..tout ce qui s’est écrit en soi-disant vers créoles peut être considéré comme non avenu: l’intrusion forcée du mot français en fait un langage purement conventionnel.

“Navire fine engazé”7 Ceci est tout simplement inepte; la forme et le fond se valent.

Et voilà, dans le présent, Monsieur, tout ce que j’ai pu pour vous. Trouverai-je autre chose? en tous cas je vous aviserai par le courrier du mois de Mars; j’aurai, sans aucun doute, reçu une réponse de Bourbon.

Maurice est bien loin de Graz. La réponse à une question que vous me feriez ne vous parviendraitguère avant trois mois; mais vous avez, Monsieur, dans mon ami Mallac, créole de Maurice comme moi, l’homme qui, dans l’hémisphère nord au moins, est de meilleur conseil en tout ceci, et l’homme des deux hémisphères dont on se trouve le mieux d’être l’obligé; je crois de mon devoir de vous le faire savoir.

“Tia-tia” Trois Bourbonnais que j’ai consultés sur la valeur du mot m’affirment que leur parler ne s’est jamais appelé ainsi. Un tia-tia, disent-ils, est un homme dégradé, que la boisson et l’inconduite ont fait tomber dans les derniers bas-fonds. A Maurice, du reste, c’est le nom que j’ai entendu donner à un cochon par une vieille nénène8 désignant l’animal à l’enfance qu’elle tenait entre ses bras. Toujours l’onomatopée.

Je cherche le catéchisme en créole. En existe-t-il encore un seul exemplaire? En tout cas la brochure est rare à ce point que c’est vous, Monsieur, qui m’en avez révélé l’existence.

Veuillez me croire, Monsieur, votre reconnaissant et tout dévoué
C Baissac “Royal College of Mauritius”.

9

Le patois des Seychelles est absolument celui de Maurice10. Néanmoins je me renseignerai plus exactement sur ce point. Il doit y avoir dans le parler de là-bas un apport de créole bourbonnais, et, peut-être, quelques mots africains-


[1] Baissac, Charles (1880): Étude sur le Patois Créole Mauricien. Nancy: Berger-Levrault.

[2] Die frühere Isle de Bourbon ist heute unter dem Namen Réunion bekannt, die Sprache wird demnach bei Baissac häufig als Bourbonnais bezeichnet.

[3] F. Cazamian war auch „censeur au lycée de la Réunion“ (Schuchardt 1882: 592 (Brevier/Archiv Nr. 134)), der Artikel war jedoch leider nicht auffindbar.

[4] Albert Mallac (im Nachlassverzeichnis Mallach) fungierte als Mittelsmann zwischen Baissac und Schuchardt. Anscheinend richtete Schuchardt seine erste Anfrage an den Verleger der Grammatik (Berger-Levrault), der sie an Mallac weiterleitete, der sie schließlich an Baissac auf Mauritius schickte (vgl. dazu den Brief Nr. 06812 von Mallac, datiert vom 13. Dezember 1881).

[5] „Les essais d’un bobre africain“ von François Chrestien (Baissac verwendet teilweise die Schreibung Chrétien) erlebten 1831 bereits die zweite Auflage. Unter Bobre versteht man auf Mauritius und in zahlreichen anderen kreolischen Gebieten (z.B. Afrika und Brasilien) ein typisch kreolisches Musikinstrument, „a musical bow“ (Chaudenson 2001: 222). In Schuchardts Nachlass findet sich ein Exemplar der zweiten Edition (1831) sowie eines aus der dritten von 1867 (Bibl.-Nr. B.11.21.6.).

[6] P[ierre] L[olliot] (1855): Poésies créoles. Mauritius: Imprimerie du Mauricien. Im Nachlass unter der Nummer B.11.21.1.6., Baissac schreibt den Namen mit einem l.

[7] Ein Druck dieser zistoire criole von 1867 befindet sich in Schuchardts Nachlass unter der Nummer B.11.21.1.6 in der UB Graz.

[8] Unter Nénène verstand man teilweise nicht nur die (schwarzen) Ammen und Kinderfrauen des herrschaftlichen Nachwuchses, sondern auch die gleichaltrigen (schwarzen) Spielkameraden und Beschützer (vgl. Chaudenson 2001: 126).

[9] [Notiz von Charles Baissac, S. 4 linker Seitenrand]

[10] Die Sprachen von Mauritius, Rodrigues und den Seychellen werden auch heute als eine Gruppe behandelt.