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Brief (05-12443)

St Denis (de la Reunion)

Le 29 Novembre 1882

A Mr. le Dr. Hugo Schuchardt à Graz.

 

Cher Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre du 6 Oct. et me fais un plaisir d’y répondre. Je ne savais pas que vous étiez en possession des « Essais d’un bobre africain » et je vous ai donné une analyse succincte de ce petit livre. Je ne regrette pas cette étude qui a servi à mon éducation en littérature créole. La 1ere. édition en est introuvable ; car M. Baissac[1] par voie d’annonce dans les journaux de l’île Maurice semble la demander vainement, ainsi qu’un catéchisme en patois mauricien, ouvrage qui m’est inconnu.

Thomy Lahuppe[2] est un de mes amis : il est avocat et a été nommé, par la République, Juge à Chadoc (Cochinchine). Il était rédacteur du moniteur, journal où j’écris une fois la semaine des articles scientifiques. M. Cazamian ne vous oublie pas : il prise singulièrement mes écrits sur le patois créole et me disait l’autre jour une chose qui m’a fait plaisir : que c’était une bonne fortune que vous vous fassiez adressé à moi ; que nul ne pouvait vous servir mieux. Je possède un peu la langue cafre ; beaucoup plus le malgache et tout à fait le patois créole qui est ma |2| langue maternelle. Je suis peut être ici le seul dans ces conditions, ce qui est en effet un hasard. Voilà pourquoi peut être il me juge avec cette faveur. Julien Vinson[3] est mon cousin : il est professeur des langues orientales et principalement du Talmud au collège de France. Son père, cousin germain du mien, était magistrat dans l’Inde française où Julien a été élevé. Ce n’est point parce qu’il est mon parent, mais c’est un esprit fort distingué brave pour la science : il est monté avec M. Godard[4] dans le ballon « le Saturne » tombé, dans une tempête de neige, aux environs de Pampelone. Nous avons quelques points de ressemblances. Pour la science, j’ai été compris en 1862 dans l’ambassade envoyé à Radama II au centre de Madagascar, avec l’amiral Dupré[5] à travers mille périls et la fièvre qui fit mourir notre illustre compatriote, mad. Ida Pfeiffer[6] dont j’ai donné une biographie dans mon livre.

Dans une prochaine lettre je tacherai de combler les lacunes de votre anglais sur le patois de Seychelles et vous dirai en quoi il diffère de celui de Bourbon et de Maurice. J’ai de très jolies Seychelloises parmi mes clientes.

Je réponds, ligne par ligne, à votre lettre. « moi mange poisson, » moȋ mangé poisson » sont deux formes indifférentes d’une même chose : cela veut dire je mange du poisson soit habituellement ou actuellement.|3| De même :

« la plie tombé, rivière y coule

n’était cela rime, j’aurais pu mettre indifféremment :

« la plie tombé, rivière coulé. + ou encore « La plie-y-tomb’, rivièr’ coulé » on on dit tombé ou tembé (en créole) ce dernier est plus créole

cela signifie le même temps en fait.

Même remarque pour moi, mi, moin, c’est toujours trois formes variables du même pronom personnel, acceptées et usitées dans un sens unique.

M. Hilaire Bridet[7], capitaine de frégate en retraite, officier de la Légion d’honneur, est une célébrité presque européenne par son bel ouvrage sur la loi des cyclones. La cyclonomie lui est redoutable de très beaucoup travaux, que le ministère de la marine française a fait publier à ses frais. Il est actuellement Directeur de la banque colonial de l’île de la Réunion. C’est un de mes bons amis qui appuie d’une légitime influence mes travaux littéraires et scientifiques. C’est un de mes chers partisans.

Vous me demandez ce que signifie les particules intercalaires qu’on trouve devant les pronoms personnels ? « moi l’est content » « moi-y-mange » : « vous l’a vini » « vous y vé » C’est uniquement pour donner au langage plus d’harmonie, pour le mouiller d’avantage et l’adoucir. C’est l’influence malgache dans |4| l’énoncé du langage. Pour le neophite cela doit être dans l’apprentissage d’une extrême difficulté ainsi l’a voulu le génie madégascarien, qui est une langue toute musicale. Je ne vois pas d’autre raison. Un soir que je voyagerais, un couple, cafre et cafrine faisaient la même route en chantant : le cafre improvisait tout ce qui lui venait à l’esprit, la femme se contentait de ce seul refrain. « moi l’est content. » ainsi le cafre : « m’y fouett’à vous. » La femme : « moi l’est content. » - le cafre : « mi aime à vous. R. moi l’est content. - C. mi rod’à vous. R. moi l’est content. » Il n’en fallait pas d’avantage pour leur faire oublier l’ennui de la route.

Je me tiens à vos ordres pour tout ce qui vous paraîtra désirable ou obscur.

Merci des timbres-postes. N’en achetez pas. Mais étant en correspondance avec bien des pays, envoyez moi ceux qui vous tomberont sous la main. Si achetez point Maillard : il y a trop peu pour dans cet ouvrage utile à d’autre points de vue.

Ecrivez moi toujours et recevez, cher monsieur l’expression de mes meilleurs sentiments. Sur ma proposition et celle de M. Cazamian notre société des sciences et des arts vous a nommé membre correspondant. C’est un plaisir et une conquête pour nous.

Vt très dévoué

Auguste Vinson

D.M.T.

 

Ici gris-gris (ou sort loge) vient du cafre griot (sorcier dans le haut Sénégal.) voir voyage de Mage.[8]

 

Be-chique, bichique corruption de Be- beaucoup Chitte (poisson que ressemble à la chitte)[9]



[1] Baissac, Charles (1831-1892), britischer Romanist, Kreolist französischer Sprache und Französischlehrer am Gymnasium von Port Louis auf Mauritius. Er korrepondierte auch mit Schuchardt [Korrespondenzpartner: 58].

[2] Lahuppe, Thomy, Herausgeber der Zeitschrift Le Moniteur de la Réunion, Drucker und Mitglied der Société des Sciences et Arts de la Réunion.

[3] Vinson, Julien (1843-1926), französischer Sprachwissenschaftler. Er korrepondierte auch mit Hugo Schuchardt [Korrespondenzpartner: 1927].

[4] Godard, Eugène (1827-1890); französischer Ballonfahrer und Ballonhersteller.

[5] Admiral Dupré, Marie-Jules (1813-1881), französischer Marineoffizier, der von 1865-1869 Gouverneur von la Réunion und von 1871-1874 Gouverneur von Cochinchina war.

[6] Pfeiffer, Ida (1797-1858), österreichische Weltreisende, die zwischen 1846 und 1855 zwei Weltreisen unternommen hatte. Da sie während ihrer zweiten Weltreise auf Mauritius an Malaria erkrankte, musste sie ihre Reise abbrechen und nach Wien zurückkehren, wo sie zwei Jahre später starb.

[7] Bridet, Hilaire (1818-1894), französischer Marineoffizier und Offizier der Ehrenlegion.

[8] Dieser Kommentar befindet sich auf der 2. Seite auf dem linken Seitenrand.

[9] Dieser Kommentar befindet sich auf der 3. Seite auf dem linken Seitenrand.