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Brief (19-00436)

Port-Louis, 27 Octobre 1885.

Mon cher Monsieur Schuchardt,

Votre lettre du 7 Septembre m’a fait un bien réel plaisir. Je me demandais avec quelque inquiétude si votre santé avait empiré au point de vous rendre toute correspondance impossible, et je me faisais mal à l’idée de ne jamais plus recevoir une ligne de vous. Me voilà rassuré. Puissent vos nerfs vous laisser du moins entre temps le loisir d’envoyer un mot à vos amis lointains. Mais soyez bien assuré que de ma part je n’attendrai pas une lettre de vous pour vous écrire, et qu’il me suffira d’avoir à vous dire quelque chose que je croirai de nature à vous intéresser. Si Maurice était le Maurice d’autrefois, le pays sain entre tous où venaient se reprendre à la vie les moribonds de toute la mer des Indes, je vous engagerais à nous porter vos nerfs qu’aurait bien vite pacifiés notre climat béni; mais, l’immigration indienne aidant, notre pauvre chère petite île est devenue la terre d’élection de toutes les malarias: on meurt chez nous au moins aussi souvent qu’en Autriche. C’était tout autre chose autrefois, et la preuve en est qu’il nous reste encore quel-ques vieillards; mais tous d’une génération antérieure à la nôtre!

Je vous remercie bien de l’article que vous avez envoyé à un de vos journaux, au plus grand profit de notre notoriété, à ma Doudou et à moi, de votre côté du Rhin; je l’aurais lu avec un reconnaissant intérêt dans la traduction que j’aurais toujours trouvé moyen de m’en faire faire. Ce sera pour une autre fois, n’est-ce pas?

Mon volume sur “la Littérature noire à l’île Maurice, ancienne île-de-France” s’achève enfin; je n’en ai plus à écrire que le court chapitre sur la chanson, ‘matière infertile et petite’; puis viendra la grosse, l’ennuyeuse affaire de l’éditeur à trouver. Ce n’est pas – vous en êtes convaincu – que j’aie la prétention de vendre mon bon homme Lindor sur le marché européen! mais encore voudrais-je que mon travail fût publié sans avoir à en payer l’impression. J’en ai sans doute pour bien des mois à attendre à l’issue de négociations que la distance fait lentes et laborieuses; soyez sûr que le jour venu, s’il vient, vous serez des premiers à recevoir le volume. Mais vous n’y trouverez rien que vous ne connaissiez ou pressentiez déjà: Contes, chansons, sirandanes – celles-ci extraites en majeure partie de l’Etude sur le patois – vous le voyez, vous pouvez attendre le livre sans trop d’impatience.

Merci du renseignement sur la provenance américaine de ‘Iève av Couroupas’1; j’en fais mon profit, et me permets de vous citer dans la courte note dont j’accompagne le conte, comme tous les autres morceaux du recueil dont la sincérité est la principale vertu. Mais c’est votre ouvrage à vous que j’attends avec la plus vive, avec la plus légitime curiosité.

L’affaire de Yap n’a pas fait de Doudou une Espagnole, non plus que la commotion des Balkans une Bulgare. Nous restons d’humbles et honnêtes Mauriciens, Français de race et d’instincts, auxquels la sévère école de la domination étrangère a peut-être appris une vertu trop rare à leurs parents de la grande terre: la constance dans nos affections.

C’est vous dire, cher Monsieur Schuchardt, que vous devez faire état de moi comme d’un homme qui vous est aussi entièrement que sincèrement dévoué, C Baissac

Mon cher Monsieur Schuchardt,2

Puisque papa m’a laissé un peu de place, et puisque le papier noirci ne coûte pas plus cher à envoyer en Autriche que le papier blanc, je me donne le vif plaisir de vous répondre.

D’abord, je vous remercierai et sincèrement3. Vous êtes pour Doudou, d’une amabilité dont elle se sent touchée au bon endroit; et la grâce avec laquelle vous faites mention de deux de ses petites bleuettes, dans une grave revue scientifique, donne aux sentiments que vous lui inspiriez déjà, mon cher Monsieur Schuchardt, un regain de sympathie vraie et de bien réelle reconnaissance.

Mais je ne me vois pas le droit de vous retenir davantage, et vous prie de me croire, mon cher Monsieur Schuchardt,

Votre très affectueusement dévouée, Jenny Baissac


[1] Die ZistoireYève av Couroupa (Le lièvre et le couroupas) findet sich in Baissac 1888: 346-357.

[2] Hier folgt auf dem gleichen Blatt ein Zusatz von Jenny Baissac.

[3] Der Satz scheint unvollständig.