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Brief (3-00420)

Port-Louis, 11 Juin 1882.

Mon cher Monsieur,

J’ai reçu par la dernière malle votre aimable lettre du 22 Avril avec l’article1 que vous avez bien voulu consacrer à mon livre. Je suis vraiment heureux du jugement que vous en portez, et regrette vivement de n’avoir pas trouvé d’éclaircissements à la phrase où la traduction que l’on ma faite (j’ai le malheur de ne pas lire l’allemand) vous fait dire ce qui suit:

“...Sur l’un et l’autre point je diffère quelque peu d’opinion avec Baissac; aussi je crois que sa manière de voir quant à l’origine des formes verbales avec l’accent à la dernière syllabe, serait à modifier...”

Je serais bien heureux, soyez-en sûr, de profiter de votre critique partout où vous m’avez trouvé dans l’erreur; j’en serais heureux, je le répète, et vivement reconnaissant.

La malle me portait aussi la critique de mon ami le docteur Bos2. Je vous envoie la réponse que j’y ai faite3, certains points controversés pouvant avoir quelque intérêt pour vous. Le docteur Bos vous aura dit, sans doute, comment son article composé à la Romania pendant qu’il se trouvait dans nos mers, fourmille d’erreurs typographiques. Mais il n’en reste pas moins substantiel pour cela.

Voyant que toutes mes démarches pour me procurer les brochures dont vous êtes curieux, demeuraient absolument improductives, je me suis décidé à faire paraître dans les trois journaux les plus répandus de notre petit pays, une lettre qui conviait mes bons compatriotes à s’intéresser avec moi à vos recherches4. J’ai été doucement chatouillé dans mon amour-propre de Mauricien en recevant deux réponses. L’une contenait la petite brochure de Baker5; j’ai été autorisé à vous l’envoyer sous promesse que je la rendrais dans quelques mois quand vous me la renverriez de Graz. L’autre réponse me fait espérer qu’on retrouvera le “Catéchisme de 1828”; je vous l’expédierais aussitôt, comme j’ai été autorisé à le faire aux mêmes conditions.

Quant à la première édition des “Essais d’un bobre africain”, je n’ai pu la découvrir encore. Soyez bien convaincu que si la pièce me passe jamais par les mains, elle fera, elle aussi, son petit voyage en Autriche.

Trouverai-je autre chose? je ne désespère pas encore.

Vous me demandez obligeamment si j’ai en vue une autre publication. Mes huit heures de travail quotidien me laissent hélas! bien peu de loisir. Je projette néanmoins une nouvelle édition du Voyage de Bernardin de St Pierre à l’île de France6; mon grand oncle Thomy Pitot– un des hommes distingués de notre colonie – a fait au pamphlet de Bernardin une réponse7 que l’on croyait détruite dans un incendie et que j’ai eu la bonne fortune de retrouver.

Le dialogue en créole que je vous envoie ci-inclus est annexé à la réponse de T. Pitot. J’ai la certitude que vous trouverez la chose intéressante.

Toutes mes démarches auprès des Bourbonnais fixés à Maurice, toutes les lettres que j’ai écrites là-bas n’ont produit que bien peu de chose, l’envoi de la copie de trois fables de Héry – le Requin entre autres – Je vous les expédie dans l’état même où elles me parviennent, et je copie pour vous la phrase qui accompagne cet envoi.

“Ces fables ont été imprimées par Vital Delval8, éditeur à la Réunion du journal du Commerce. En quelle année? je n’en sais rien.”

Voilà, n’est-ce pas? des renseignements qui laissent à désirer.

Je crois, mon cher Monsieur, que vous ne sauriez mieux faire que de vous mettre directement en relations avec M. Roussin, éditeur* à St Denis. Si M. Roussin veut y mettre quelque bonne volonté, il me semble placé mieux que personne au bon endroit pour vous fournir toutes les indications que vous pourriez désirer.

M. Héry n’aurait fait tout au plus qu’une douzaine de fables; j’ai demandé à mon correspondant de me les procurer toutes.

Voilà, mon cher Monsieur, tout ce qu’il m’a été possible de faire pour vous depuis mon dernier envoi. Laissez-moi vous renouveler l’assurance que je trouve à m’employer pour vous un plaisir qui me dédommage amplement de mes peines. Nous sommes d’humeur obligeante par ici. Voyez par exemple mon ami Mallac qui se charge pour moi des plus ingrates besognes, et que je laisse faire avec la certitude absolue de ne pouvoir jamais le payer qu’en affection. Ne me marchandez donc pas, je vous en prie, mon cher Monsieur, le très réel plaisir de me dire, sans arrière-pensée,

Votre tout dévoué
C Baissac

Du 11.

Un Bourbonnais de mes amis vient de me faire la promesse de me procurer une copie de toutes les autres fables de Héry. Je veillerai à ce qu’il s’exécute pour la prochaine malle.

Comme c’est un esprit cultivé – il a passé par le professorat – je lui ai fait lire les trois textes que je vous envoie, et vous donne son commentaire.

Du 13.

Les derniers délais sont expirés. On ne m’a pas envoyé le Catéchisme. Sera-ce pour la malle de Juillet?

* [FN S. 3] La Revue que publie M. Roussin s’appelle “L’Album de la Réunion”.9


[1] Schuchardt, Hugo (1881): Rezension von Charles Baissac „Étude sur le patois créole mauricien“ und F. Adolpho Coelho „Os dialectos romanicos ou neo-latinos na Africa, Asia e America“. In: Zeitschrift für romanische Philologie V, pp. 580-581.

[2] Alphonse Bos (1835-1913) beschäftigte sich ebenfalls mit der Sprache von Mauritius und korrespondierte mit Baissac ebenso wie mit Schuchardt. Hier gemeint: Bos, Alphonse (1881): G. Baissac. Etude sur le patois créole mauricien. In: Romania X, pp. 610-617.

[3] Publiziert in Romania XI, pp. 459-460.

[4] Baissac veröffentlichte eine Zeitungsanzeige mit dem Text „On demande à acheter les publications suivantes: Le Bobre Africain, 1re édition. Le Cathéchisme en créole. Imprimerie des frères Mallac, 1828. S’adresser à M. C. Baissac, Au Collège Royal, de 10 heures à 4.“ Eine Anzeige befindet sich im Schuchardt-Nachlass unter der Nummer B.11.21.1.5.

[5] Wahrscheinlich ist hier die Broschüre „Cirandane – Çanpéc“ der Imprimerie de E. Baker, Port Louis von 1846 gemeint. Diese befindet sich unter der Nummer B.11.21.1.2. im Schuchardt-Nachlass der UB Graz. In dem Fall hat sich Schuchardt offensichtlich nicht an die Rücksendebedingung gehalten; möglicherweise handelt es sich auch um eine Abschrift des Originals.

[6] Jacques-Henri Bernardin de St. Pierre reiste 1768 nach Mauritius und fühlte sich den Ideen der Aufklärung verpflichtet. Seine „Voyage à l’Isle de France“ wurde 1773 veröffentlicht, ein großer Erfolg war sein Roman „Paul et Virginie“. Für seine Zeit bemerkenswert waren seine „antislavery sentiments“ (Vaughan 2005: 57).

[7] Pitot, Thomy (ca. 1805): Quelques observations sur l’ouvrage intitulé Voyage à l’Ile de France... In: Revue historique et littéraire de l’Ile Maurice 2, pp. 372-374.

[8] Vital Delval ist der Name einer Druckerei in Saint Denis, Réunion.

[9] Antoine Roussin schrieb in seinem Album de la Réunion unter anderem über den Séga (vgl. Chaudenson 2001: 217).