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Brief (01-03084)

Saint-Denis (île de la Réunion)
le 31 Octobre 1884

Monsieur,

J’ai reçu le 15 du mois courant, la lettre que vous avez bien voulu m’adresser au sujet d’une étude sur le patois créole, que j’ai lue à notre société des sciences et arts et qui a été reproduite dans le „Sport Colonial“.

J’avais appris, indirectement, l’envoi qui vous avait été fait de ce journal, par Mr. Emile Trouette, et je me proposais, à cette occasion, d’avoir l’honneur de vous écrire, Monsieur, et de vous signaler les fautes d’impression laissées dans cette reproduction.1

Mr. Trouette ayant rempli, lui-même ce bon office, je n’ai plus qu’à vous prier, d’attendre, pour apprécier mon travail qu’il soit inséré, après corrections, au bulletin de la Société des Sciences et arts.

Vous me parlez du livre de Monsieur Baissac: je dois vous avouer que je ne le connais pas. Il était, dailleurs assez rare, à la Réunion, lors de sa publication au Port Louis. Je comprends que votre esprit ait été frappé de la différence existant entre le patois créole de Maurice et celui de Bourbon. [a]

Cela parait, en effet, des plus étrange alors qu’on se souvient que les deux îles sœurs ont été colonisées par les mêmes moyens, à l’aide des mêmes éléments; que leurs populations vivent, pour ainsi dire, côté à côté.

(35 lieues de mer seulement les séparent l’une de l’autre)

Si je ne craignais que mon opinion, á cet égard, ne vous parut par trop conjecturale, je vous dirais le pourquoi auquel j’attribue cette grosse étrangeté.

Vous faites également allusion, Monsieur, dans votre bienveillante communication, au patois qui se parle à Mahé (Seychelles) mais c’est celui de l’île Maurice modifié par certains mots de celui de l’île Bourbon, que des créoles de notre colonie y ont introduits et y introduisent encore; et, peut-être aussi, par des expressions prises au vol, aux hommes des équipages interlopes des navires qui font escale dans cette relâche obligée de la Mer des Indes.

Vous avez dû voir, Monsieur, par mes critiques raisonnées et mes preuves de comparaison, que je ne tenais pas, le créole écrit de Mr. Héry – pas plus que celui de mes amis – Auguste Vinson et Frédéric Legros, pour „marchandise bonne et valable“.

Et, à ce propos, il convient de remarquer que ce ne sont pas ceux de mes compatriotes qui parlent le mieux le créole, qui se mêlent de l’écrire; mais les Européens comme Mr. Héry ou des Bourbonnais élevés en France, comme M.M. Vinson et Legros.

Aussi, mon modeste travail, – je ne veux pas faire la précieuse – a-t-il été fort goûté de ceux de mes concitoyens qui

„conné langaze payé Bourbon“ -

C’est surtout la façon de former les mots selon qu’on les prononce, qui a été trouvée rationnelle.

Il n’a pas dû vous échapper que j’avais jété, par-dessus lebord, les traits-d’union, les parenthèses, les apostrophes de Mr. Héry et de ses fidèles imitateurs.

On a été, comme surpris, de voir que notre patois, orthographié de la sorte, pouvait être lu aussi facilement qu’on le parle.

Personne, jusqu’ici, n’avait eu cette idée pourtant toute naturelle;

Personne

„n’avé (n’avait) mazine quique çose comme ça“ - n’avait imaginé quelque chose, de semblable, de pareille (comme ça)

Et, cette étude, unique dans son genre, pour La Réunion, si elle peut retarder la perte de notre patois créole, dont l’originalité est chaque jour de plus en plus menacée, c’est à nous qu’on le devra, Monsieur, c’est l’attention particulière que vous lui avez accordée, qui m’a porté à protester, „en doucère“ - (en douceur-) contre toutes „ça critires zaute y crire pour conte zhistoires crioles“ [b]

J’ai le plaisir de vous adresser l’article „Les refrains populaires de la Réunion“ que vous désirez recevoir, aussi que la chanson, en créole, „Le coup de canon“.

Vous retrouverez, là encore, le patois fantaisiste de l’honnête Mr. Héry.

Je termine, Monsieur, en souhaitant sincèrement, que vous soyez tout à fait remis de la maladie dont vous me parliez le mois dernier.
Et je vous prie de croire, Monsieur, à mes sentiments très-distingués et très dévoués.

V. Focard.

[a] Mo té dire li, to té vine voir li (Maurice)

moi été (être)

Moin l’a di à li, toué lá veni voir à li

moi le a, ai (avoir) toi le a, ai (Bourbon)

avoir

[b] Contre toutes ces écritures, ou écrits, que l’on écrit, ou publie, pour raconter des contes créoles, ou des histoires de créoles.


[1] Emile Trouette war ebenfalls Korrespondenzpartner von Schuchardt auf La Réunion und ein wichtiger Lieferant von Quellenmaterial (vgl. Schuchardt 1882, Brevier-/Archivnr. 134, S. 593). Dieser Zeile im Brief nach zu urteilen ist Trouette wahrscheinlich die Person, die den Kontakt zwischen Schuchardt und Focard initiiert hat.