Senden hat offenbar funktioniert, aber es wird noch ein Bestätigungsmail verschickt, sobald die Änderungen angekommen sind.
Es hat etwas nicht funktioniert. Bitte den Inhalt in Word (o.Ä.) kopieren und per Mail schicken.

Brief (6-7473)

Alger, 7 mars 1882

Cher Monsieur,

L’autre jour je vous ai envoyé un petit glossaire de langue franque imprimé à l’usage du corps expéditionnaire à destination de l’Algérie en 1830.1 Si vous n’avez déjà ce livret, l’exemplaire en question pourra vous rendre quelques services. Je vais continuer mes recherches à votre intention sur le sabir d’Alger, bien que sans grande espérance de succès pour ce qui concerne les livres ou journaux qui contiendraient des dialogues.

D’ailleurs il faut se méfier de ces documents qui sont plutôt des imitations que des constatations, plaisanteries ou chansons de zouaves2 etc. Il est certain, je le répète, que la langue franque existe dans tous les pays arabes du nord de l’afrique qui sont en communication directe avec des romans. Par expérience personnelle je puis affirmer que l’arabe (ou Kabyle) qui n’a pas été instruit à l’école et qui a appris français, italien ou espagnol seulement en entendant parler, suit le système des langues créoles (emploi exclusif de l’infinitif des verbes; moi ou mi pour je etc.). Au point de vue du vocabulaire, la langue franque doit se diviser en trois zones; 1° zone où l’espagnol domine: Maroc (vous dites qu’on ne parle pas sabir à Tanger et Tétuan [*]. J’en doute, vu qu’il est impossible que les quelques arabes qui trafiquent avec nous ou les Espagnols puissent se servir d’un autre langage) Algérie jusqu’à Alger non compris et encore le Sabir d’Alger a certainement beaucoup de mots espagnols, vu que tous les ouvriers maçons, terrassiers, cochers, petits commerçants, c’est-à-dire la partie de la population européenne qui a le plus de rapports journaliers avec les arabes non lettrés est presque exclusivement espagnole insulaire (Baléares) ou péninsulaire (Murcie, Valence, etc.)

2° zone française Alger à Bône (avec la restriction du mélange espagnol à Alger et du mélange italien a Bône, où les Italiens sont en grande majorité de la population ouvrière.

3° Zone italienne: Tunisie et extrémité est de l’Algérie.

Au sujet du mot sabir pour désigner la langue franque en Algérie, je le crois d’introduction récente: c’est évidemment quelque français d’après 1830 ayant lu le Bourgeois gentilhomme3, qui a eu l’idée de baptiser ainsi ce bizarre langage.

La langue du livret de 1830 doit-être passablement arrangée par un demi lettré. Je vais m’informer auprès de personnes qui connaissent l’histoire de la conquête dans ses détails si on peut retrouver le nom de l’auteur et les circonstances de la publication (l’auteur n’est pas français: il y a de grossières fautes de grammaire dans la préface).4

Je tâcherai aussi de savoir ou sabir un peu plus exactement ce qu’on parle au port entre marins des divers pays romans. Puisque vous m’y invitez si aimablement, je me déciderai a [sic] publier dans une plaquette le échantillons les plus notables de la langue franque et le parler nègre que j’ai trouvés dans les vieux livres espagnols.5 Comme vous le dites fort bien, le profit qu’en tirera la linguistique sera peut-être mince.6 Neanmoins [sic] il ne faut pas oublier que les Espagnols sont très près des pays d’origine et qu’au XVIe et XVIIe s. les esclaves nègres abondaient en Espagne

Pour nous mettre d’accord sur la poétique Espagne, il nous faudrait peut-être discuter longtemps, aussi je vous propose pour l’instant un compromis. Nous admettrons que les Allemands voient surtout les bons et les beaux côtés des hidalgos et que le Français sont beaucoup plus sensibles à leurs défauts. J’ai entrepris une étude du roman picaresque, qui me parait le miroir le plus exact de la société espagnole – si on laisse de côté les exagérations,et si on ramène la caricature à son vrai point, mais j’avance peu. Les poétiques espagnols n’ayant étudié à fond aucun des leurs auteurs (pas même Cervantes) on est arrêté sans cesse par d’innombrables difficultés et il faut tout reprendre ab ovo.

Donc il est bien entendre que je me fais votre correspondant ordinaire pour le sabir: c’est désormais votre province. Vous avez écrit sur le Centenario en Allemagne dans la Gazette d’Augsbourg je crois7; je voudrais bien voir cet article si vous avez encore sous la main quelque exemplaire du journal. Ma pauvre brochure a fait scandale à Madrid8 on se prépare à me traîner dans la fange.

Il vous baise les mains, Don Ugo, et me dis votre bien dévoué
Alfred Morelfatio

[*Le grand voyageur Rholf9 pourrait vous renseigner sur le Maroc]


[1] Vermutlich: s.n. 1830. Dictionnaire de la langue franque ou petit mauresque suivi de quelques dialogues familiers et d'un vocabulaire de mots arabes les plus usuels; à l'usage des Français d'Afrique. Marseille: Feissat aîné et Demonchy. In der Schuchardt-Bibliothek ist das Exemplar, das Morel-Fatio an ihn geschickt hatte nicht erhalten. Schuchardt bezieht sich aber in seiner Arbeit zur Lingua franca (Brevier-/Archivnummer 588) ausdrücklich und recht ausführlich auf den 1830 erschienenen und für das französische Expeditionskorps konzipierten Dictionnaire (Vgl. Schuchardt 1909, 454-456).

[2] Zuaven (berber. Zwava, Name eines kabylischen Stammes) waren Soldaten eines zu Beginn der Eroberung Algeriens 1830 gegründeten französischen Infanteriekorps. http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/zouave/102952.

[3] In Molìères Bourgeois Gentilhomme werden dem Mufti unter anderem folgende die Lingua franca parodierenden Worte in den Mund gelegt: „Se ti sabir, Ti respondir; Se non sabir, Tazir, tazir. Mi star mufti, Ti qui star ti? Non intendir, Tazir, tazir.“ (Molière: Le Bourgeois Gentilhomme, 4. Akt, 5. Szene, „La cérémonie turque“)

[4] Die Recherche zum Autor des Dictionnaire scheint erfolglos verlaufen zu sein. Auch in Schuchardts Arbeit zur Lingua franca [Brevier-/Archivnummer 588] wird das Werk ohne Angabe des Autors besprochen.

[5] Der hier angesprochene Artikel ist nie erschienen. Die 1925 in Ausgabe 65 der Revue Hispanique erschienene Bibliographie Morel-Fatios verzeichnet keinen explizit das Thema behandelnden Beitrag und auch in Schuchardts Arbeit zur Lingua franca [Archiv-/Breviernummer 588] wird zwar auf die Informationen, die Morel-Fatio in seinen Briefen gibt, Bezug genommen (Schuchardt 1909, 451), aber keine dazugehörige Veröffentlichung erwähnt. In seinem Brief vom 26.12.1882 schreibt Morel-Fatio, er verzichte aus Zeitgründen darauf, etwas zum Thema zu publizieren.

[6] Die wissenschaftliche Auseinandersetzung mit der Lingua franca wurde von vielen Seiten als wenig lohnenswert angesehen, wie auch Schuchardt selbst in der Einleitung seines später Grundlagenstatus erhaltenden Beitrags zur Lingua franca schreibt.

[7] Anlässlich des zweihundertsten Todestages von Pedro Calderon wurden von Schuchardt verschiedene Texte verfasst. Morel-Fatio bezieht sich hier vermutlich auf die in der Beilage zur Allgemeinen Zeitung (Augsburg, München) erschienenen Beiträge "Neueste deutsche Calderon-Literatur I-III".

[8] Die 1881 erschienene, die Calderon-Verehrung in Spanien als übertrieben darstellende Publikation Morel-Fatios Caldéron, revue critique des travaux d'érudition publiés en Espagne à l'occasion du second centenaire de la mort du poète, suivie de documents relatifs à l'ancien théâtre espagnol, Paris : E. Denné. wurde in Spanien offensichtlich nicht mit Beifall aufgenommen. Positive Rezensionen finden sich dagegen in Revue de Langues Romanes 21 (1882), 250 und im Literaturblatt für Germanische und Romanische Philologie 3 (1882), 195-197.

[9] Morel-Fatio bezieht sich hier auf den deutschen Afrikaforscher Gerhard Friedrich Rohlfs (1831-1896) und nicht auf den gleichnamigen Romanisten Gerhard Rohlfs (1892-1986), mit dem Schuchardt korrespondierte. Briefe von Gerhard Friedrich Rohlfs sind für den Nachlass Hugo Schuchardts nicht verzeichnet.