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Brief (5-7472)

Alger, 9 février 1882

Cher Monsieur,

La langue franque (ici Sabir) existe parfaitement, à preuve l’article d’un érudit du crû que je vous remets ci-joint,1 mais elle est d’un abord difficile, parce qu’il faudrait se mettre journellement en contact avec ceux qui la parlent, ce qui présente, comme vous pouvez croire, quelques inconvénients. G. Paris2 m’avait jadis conseillé de m’en occuper et je ne dis pas qu’un jour ou l’autre je ne cherche pas à faire qqchose là-dessus. Avant cela je compte réunir dans un article des spécimens de langue franque et de parler nègre que fournit l’ancienne littérature espagnole.3

Ici, autant que je puis le constater, il y a deux langues franques: La première est parlée au port entre les marins des divers pays romans qui se comprennent à l’aide du gemeinromanisch; 4 la seconde est celle qu’emploie les Arabes et Kabiles pour se faire comprendre de la population chrétienne. Malheureusement les Arabes des environs d’Alger commencent à savoir trop bien le français; il faudrait surprendre des conversations d’arabes avec des Espagnols ignorant le français; mais tout cela est difficile. Je n’ai pas trouvé l’article dont parle l’Atheneum5 (à moins que ce soit celui que je vous envoie?), car nous n’avons pas ici cette revue et je ne crois pas qu’il ait jamais existé ici de Journal de l’Algérie.6

J’ai publié la […] sur Calderon parce qu’on m’en a prié et non pas pour le mince et trop facile plaisir de morigéner messieurs les hidalgos.7 Ah la poétique Espagne! Comme vous êtes bien de votre pays! Mais la poésie de l’Espagne n’est pas autre chose que le soleil; au surplus ce sont les gens les plus positifs et réalistes du monde; ils voient énorme et colorent tout, parce que leur nature le veut ainsi, mais dans leur for intérieur ils n’ont rien, absolument rien de la poésie que vous leur attribuez vous autres allemands qui êtes éblouis par la nature méridionale. Relisez Guzman de Alfarache8 et Geppert:9 ce sont les deux meilleures sources pour connaître l’Espagne d’autrefois et d’aujourd’hui.

En ce qui concerne leurs travaux, je crois que sans faire du pédantisme on est en droit de leur mettre un peu le nez dans leurs déclamations et autres absurdités. Au XVIIIe siècle ils faisaient de la bonne érudition, pourquoi n’en font-ils plus?

Demandez-moi tout ce que vous voudrez, je tâcherai de vous contenter.

Votre tout devoué
Alfred Morelfatio


[1] Vermutlich: Mac Carthy/Varnier 1852. 'La langue sabir' in L’Algérien. Journal des intérêts d’Algérie, 11.5.1852, (Vgl. die Abschrift im Schuchardtnachlass (12.5))

[2] Gaston Paris (1839-1903), einer der bedeutendsten französischen Sprachwissenschaftler war ein enger Freund Morel-Fatios. Paris korrespondierte ebenfalls mit Hugo Schuchardt.

[3] Der hier angesprochene Artikel ist nie erschienen. Die 1925 in Ausgabe 65 der Revue Hispanique erschiene Bibliographie Morel-Fatios verzeichnet keinen explizit das Thema behandelnden Beitrag und auch in Schuchardts Arbeit zur Lingua franca [Archiv-/Breviernummer 588] wird zwar auf die Informationen, die Morel-Fatio in seinen Briefen gibt, Bezug genommen (Schuchardt 1909, 451), aber keine dazugehörige Veröffentlichung erwähnt. In seinem Brief vom 26.12.1882 schreibt Morel-Fatio, er verzichte aus Zeitgründen darauf, etwas zum Thema zu publizieren.

[4] Die Herkunft der hier offensichtlich aus anderer Quelle übernommenen Bezeichnung „Gemeinromanisch“ für die unter Muttersprachlern verschiedener romanischer Muttersprachen verwendete Ausgleichsvarietät konnte bisher nicht geklärt werden.

[5] The Athenaeum. journal of literature, science, the fine arts, music and the drama. Die darin veröffentlichten Beiträge von Hyde Butler-Clarke und Louis-L. Bonaparte werden von Schuchardt später als Quellen für die Abfassung seiner Publikation zur Lingua franca herangezogen [Archiv-/Breviernummer ].

[6] Bei den Recherchen zur Lingua franca stolpert Schuchardt immer wieder über den Hinweis auf ein Journal de l’Algérie. Die Recherche zu einer Zeitung dieses Titels blieb bisher ergebnislos.

[7] Die 1881 erschienene, die Calderon-Verehrung in Spanien als übertrieben darstellende Publikation Morel-Fatios Caldéron, revue critique des travaux d'érudition publiés en Espagne à l'occasion du second centenaire de la mort du poète, suivie de documents relatifs à l'ancien théâtre espagnol, Paris : E. Denné. wurde in Spanien offensichtlich nicht mit Beifall aufgenommen. Positive Rezensionen finden sich dagegen in Revue de Langues Romanes 21 (1882), 250 und im Literaturblatt für Germanische und Romanische Philologie 3 (1882), 195-197.

[8] Der Pikaro-Roman Guzmán de Alfarache von Mateo Alemán erschien in zwei Teilen (1599 und 1604) und zählt zu den Klassikern der altspanischen Literatur

[9] (1811-1881), Professor der Philologie in Berlin verfasste unter anderem Reiseeindrücke aus Spanien im Winter 1871-72, Berlin: Schneider (1873).