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Brief (04-03087)

Saint-Denis (Réunion),
Le 25 novembre 1885.

Mon cher Monsieur,

J’ai eu le plaisir de recevoir la lettre que vous m’avez adressée sous la date du 29 7bre dernier, au moment où vous alliez entreprendre, m’écriviez vous, un assez long voyage.

Je réponds, dès ici, à vos questions touchant certains mots écrits dans ma brochure.1

Veuillez bien remarquer, mon cher Monsieur, que j’ai indiqué, en écrivant ces mots, quel était celui de mes compatriotes qui s’en servaient d’habitude.

Ce n’est pas, en effet, un noir indigène qui les prononce aux endroits où ils sont inscrits, mais un Créole de bois ou petit créole.2 C’est-à-dire l’un de ceux là même qui se croyent obligés, pour faire constater leur descendance, de parler le français, mais de le parler avec une boursouflure qui le rend aussi excentrique que risible.

C’est ainsi qu’ils disent: Juin pour un; javec pour avec; y m’a du pour il m’a dit; chést pour c’est; chést in terre que l’est bon (c’est une terre qui est bonne.

Ce n’est pas, je le répète, chez ces créoles de bois, que se trouve le patois de l’île Bourbon, il est dans la bouche de nos noirs indigènes et, surtout, dans celle de nos négresses…

J’ai pu, enfin, me procurer l’étude de Mr. Baissac sur le patois Mauricien, et j’ai été fort agréablement surpris de voir que les mots créoles y étaient écrits selon leur consonnance.

Ainsi, sans nous être entendus, et à un intervalle de temps peu éloigné, Mr. Baissac et moi nous avons démontré, par des exemples, qu’il n’y avait qu’une manière de reproduire, sur le papier, nos patois respectifs: celle de former les mots d’après leur prononciation.

C’est là, une particularité d’autant plus intéressante à noter, que personne avant nous, ne s’était préoccupé d’obtenir ce résultat capital dans l’espèce.

Je ne sais si, à l’occasion, mes compatriotes dont j’ai critiqué, à ce point de vue, les écrits créoles, voudront nous imiter, ou s’ils continueront à rendre leurs pensées en patois inintelligible!

Je dois, toutefois, relever une différence, assez sérieuse, entre ce que j’appellerai la façon de faire de Mr. Baissac et la mienne. Je veux parler du rapprochement ou de la jonction qu’il opère de l’article au substantif.

Ainsi il écrit, en un seul mot lacloce au lieu de la cloce, en deux mots. Dipain au lieu de di pain. Etc. Etc.

Et ce, parce que, dit-il, „l’article n’existe pas en créole comme mot indépendant“.

Et pourquoi, s’il vous plaît?

Est-ce que lacloce et la cloce ne produisent pas la même intonation? Mr. Baissac a été, jusqu’à écrire di souif (du suif) avec deux s. dissouif. Ce qui met ce substantif créole à mille lieues de son étymologie.

Et quand ce mot – prononcé de même façon à Bourbon et à Maurice – est employé seul dans la phrase, que devient l’article non indépendant?

„Son l’harnai n’a pas souifé, ça même son Milet l’a blesse (son harnais n’a pas été suifé voila pourquoi son Mulet est blessé)

„Vous n’a pas souif la roue voutt çarette, ça même li crie, crie comme Ca. (Vous n’avez pas suifé les roues de votre charrette voila pourquoi elles crient aussi)

Il y a dans ma brochure: La cloce [- La cloche -] l’a sonné madame Edouard; çabouc la pèté.3La haut dans ces bois. Donc l’article existe… Et la Terre tourne.

Ceci entre nous, je n’ai pas et je ne veux pas reprendre Mr. Baissac à propos d’un patois qui n’est pas le notre. Ce qui précède est tout simplement une réflexion. Mais ce que je retiens c’est la bonne manière d’écrire le patois.

Je croyais bien avoir le plaisir de vous faire parvenir, en même temps que la présente lettre, quelques chansons de Célimène mais… ce sera pour le mois prochain. –

Votre bien dévoué
V. Focard


[1] Mit brochure meint Focard wahrscheinlich seinen Beitrag im Bulletin, in dem er umfangreich zu den Sprachunterschieden bei Petits Créoles und Noirs indigènes Stellung nimmt (vgl. Focard 1885: 182ff.).

[2] Als Petits Créoles oder auch Petits Blancs bezeichnet man die Einwohner von La Réunion, die europäischer Abstammung sind, aber bereits zur Kolonialzeit in bescheidenen Verhältnissen lebten, meist in den Höhenlagen der Inseln, und vom System der Massensklaverei nicht unmittelbar wirtschaftlich profitierten. Focard selbst definiert sie als „ceux de nos compatriotes qu’on qualifie, à la fois, de créoles de bois, de petits créoles, qui descendent des premier colonisateurs de l’ancienne Mascareigne, qui se sont retirés sur les hauteurs […]“ (Focard 1885: 182).

[3] Der Zusatz „La cloche“ auf Französisch ist als Glossierung über das kreolische Wort geschrieben. Die Zeile ist ein Ausschnitt aus einem Lied, das in Focard (1885: 233f.) abgedruckt ist, in der Schreibung „La cloce l’a sonné, madame Edouard | çabouque la pété.“